La machine à futurs
Ce que finance un fonds dessine les futurs. Ici, le fonds devient un véhicule temporel : une communauté d’épargnants, son gérant et les entreprises qu’il porte embarquent ensemble pour vingt ans. À vous de choisir vers quels futurs.
Avant d’embarquer : pourquoi ce jeu ?
Il part d’une conviction : un fonds d’investissement n’est jamais neutre. Ce qu’il finance aujourd’hui fabrique les futurs de demain. Cinq postulats, tirés du projet de thèse, posent les règles du voyage.
Le fonds est une interface entre le présent et les futurs.
D’un côté, le réel tel qu’il existe. De l’autre, des futurs qui ne le sont pas encore. Ce que le fonds laisse passer du présent, et dans quelles proportions, devient ce qui peut advenir.
Le gérant est pris dans un paradoxe : choisir des futurs, sans légitimité pour le faire.
Labels, données ESG, climat, réglementation, engagement : tout tourne autour du gérant, de ses données et de ses modèles.
Privilégier une trajectoire, c’est exprimer une préférence sur les futurs à faire advenir. Une responsabilité presque politique.
Tout écart fragilise la confiance. Faute de légitimité partagée, le fonds revient aux arbitrages conventionnels.
Et l’épargnant, lui, reste en bout de chaîne : il reçoit un produit conçu sans lui.
Des futurs appauvris finissent par coûter.
Prenons l’eau. Suivez la chaîne, maillon par maillon : c’est l’artificialisation des futurs.
L’hypothèse : passer du mandat de gestion au mandat d’intention.
Les épargnants ne gèrent pas. Ils expriment les futurs qu’ils veulent financer, et le gérant les traduit quand le mandat financier le permet. Épargnants, gérant et fonds vont alors dans le même sens.
Il peut assumer certains écarts dans la durée, et en rendre compte.
Il comprend ce qu’il finance et garde son épargne plus longtemps.
Une communauté de pratiques responsables se forme autour du fonds.
Ce n’est pas un transfert de décision. C’est une orientation rendue explicite, partagée et défendable.
Une communauté alignée donne au fonds le temps long.
Chaque marche permet la suivante. Sans cet adossement, le fonds tourne au rythme des rachats et des arbitrages de court terme.
« Un mandat d’intention, co-construit avec les porteurs de parts par un processus d’anticipation responsable, peut-il renforcer la légitimité, la stabilité et la capacité de transformation d’un fonds responsable ? »La question de recherche · thèse CIFRE, CNAM
La communauté répartit 12 jetons d’intention et écrit son mandat.
Le gérant le traduit en portefeuille et choisit sa posture d’actionnaire.
Quatre escales de 2026 à 2046, un événement et un choix à chacune.
On compare avec un fonds guidé par les méga-tendances. Tout est illustratif.
Qui embarque, et pour quels futurs ?
Quatre épargnants représentent la communauté du fonds. Chacun a ses raisons d’épargner. Ensemble, ils écrivent un mandat d’intention : 12 jetons à répartir entre ce qu’ils veulent voir advenir.
Pré-rempli avec un compromis entre les quatre épargnants. Ajustez comme une assemblée le ferait.
Ce n’est pas un transfert de décision : les épargnants ne gèrent pas. Ils rendent leur orientation explicite, partagée et défendable. Le gérant la traduira quand le mandat financier le permet.
Le gérant traduit l’intention en portefeuille
Répartissez le fonds entre six poches et choisissez une posture d’actionnaire. Plus vous vous écartez de l’indice, plus il faut que la communauté vous suive : c’est le fil d’intention qui rend l’écart défendable.
Les poches s’ajustent pour toujours faire 100 %. L’indice de référence : méga-tendances 40 %, énergie 15 %, eau 10 %, agriculture 7 %, santé et logement 23 %, économie sociale et infrastructures locales 5 %.
Le carnet de bord
Vingt ans ont passé. Voici ce que votre fonds a fait advenir, comparé à un fonds guidé par les seules méga-tendances.
Courbes illustratives, pas des données. Passé un point de bascule, la maladaptation (sécheresses, conflits d’usage, actifs échoués) érode le rendement de qui détient toute l’économie : c’est le coût de l’artificialisation des futurs.
Guidé par les méga-tendances, un fonds prolonge le présent et resserre les futurs. Guidé par une intention, il garde l’éventail ouvert.
D’où vient ce jeu ?
Il met en scène un projet de thèse CIFRE au CNAM : « Un mandat d’intention, co-construit avec les porteurs de parts par un processus d’anticipation responsable, peut-il renforcer la légitimité, la stabilité et la capacité de transformation d’un fonds responsable ? »
Le protocole envisagé suit cinq étapes sur trois ans autour d’un fonds pilote : diagnostiquer, faire émerger les futurs souhaités avec les épargnants, traduire en mandat d’intention, projeter une trajectoire revue chaque année, mesurer.
Rejouer, ou en parler
Changez de récit, de posture ou d’allocation : les escales tirées au sort changent aussi.